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Full text of "Le chapeau d'un horloger; comédie en un acte, en prose"

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Girardin, Delphine (Gay) de 
Le chapeau d'iin horloger 



ME 



M"*^ EMILE DE GIRARDIN 



LE CHAPEAU 



D'UN 



-lORLOGER 

COMÉDIE 

EN UN ACTE, EN PROSE 



in 



^f 



PARIS 
C A L M A xN ivl - L E V Y , É D IT E U H S 

3. RUE AUBER, 3 



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in 2009 witin funding from 

University of Ottawa 



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^v\pphttp://www.archive.org/details/lechapeaudunliorlOOgira 



LE CHAPEAU 



D'UN 



HORLOGER 



COMÉDIE 

Rcpics ntée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Gymnase, 
le 16 décembre 1854. 



CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS 



ŒUVRES COMPLÈTES 

M"' EMILE DE GIRARDIN 

Format grand iii'iS 



LA CANNE DE M, DE BALZAC. 



LA CROIX DE DERNY (en société avec Th. Gautier, Méry el 
Jules Sandeau) 

LE VICOMTE DE LAOXAY (sGule édition coDiplète) 4 vol. 

MARGUERITE OU LES DEDX AMOURS 

NOUVELLES 

U. LE MARQUIS DE PONTANGES 

POÉSIES COMPLÈTES 

CONTES d'une VIEILLE FILLE A SES N-EVEUX 

IL NE FAU I PAS JOUER AVEC LA DOULEUR 

LE LORGNON , 

THEATRE 

L\DT TARTUFFE, coiiîédie en cinq actes, en prose. 

c'est la faute DU MARI, comcdie en un acte, en vers 

LA joie FAIT PEUR, comédie en un acte, en prose. 

LE CHAPEAU d'un HORLOGER, comédie en un acte, en prose. 

UNE FEMME QUI DÉTESTE SON MARI, comédie en un acte, en prose 

l'école DES JOURNALISTES, comédic en cinq actes, en vers. 

JUDITH, tragédie en trois actes, en vers 



EMILE COLIN ET C" — IMPRIMEItlE DE LAGNY 



LE CHAPEAU 



D L'N 



HORLOGER 

COMÉDIE 

EN UN ACTE, EN PROSB 
PAR 

M*'" EMILE DE GIRARDIN 




PARIS 

CALMANN-LÊVY, ÉDITEURS 

3, RUE AUBER, 3 
Pfoits de reproduction, de traduction et de représentation réservés. 




GONZALèS MM. Berton. 

RODRIGUES GONZU.ÈS Dupuis. 

AMÉDÉE, domestique de Gonzalès Lesueur, 

LE PORTIER Antonin 

UN HORLOGER Briinet. 

STEPHANIE, femme de Gonzalès Mlles Riquier. 

HENRIETTE, femme de chambre Désirée. 



La scène est k Paris. 



Les passages guillemetés sont supprimés à la représentatioq. 






LE CHAPEAU 



HORLOGER 



-o- :> . '^ > ^ »^- o <[ <! ^ o — 



SCENE PREMIERE. 

One salle à mander. — Porte au fond donnant sur l'antichambre. — Ah 
premier plan à droite, la chambre de Gonialès. — Au deuxième plan, celle de 
Stéphanie. A gauche , dans l'angle, porte du salon. Fenêtre au premier plan à 
gauche. — Deux dressoirs au fond. — Un poêle dans l'angle à droite. Chaises. 
— Grande table ronde au milieu. Devant la fenêtre , un panier à ouvrage sur 
cae chaise. 

À M il> U li< li , seul. Bruit d'un corps loxird qui tombe dana le salon , un crit 
Ah!... (Amcdée entre éperdu par la porte du salon.) PerSOnnG... 011 Il'a 

rien entendu!... (n regarde.) Je peux un moment... (u tombe sur un« 

chaise près de la perte du salon.) Quol malhour!... qUOl COUp de foU- 

drel... que vais-je devenir?... Ah! quand monsieur... Oh! mon- 
sieur!... (u se lève.) D'abord, quand monsieur saura!... Et le cousin 
Rodrigues donc! lui qui chaque fois qu'il vient ici... Quel mal- 
heur!... mon Dieu! c'en est fait de moi... je suis un domestique 
perdu... Ah! qui vient là?... (u va regarder au fond.) Mademoiselle Heu 
riette!... Oh! il ne faut [as qu'elle sache... et si elle me voit, elle 
devinera... ma figure seule lui dirait le désastre... je ne saurais 
dissimuler avec elle I... Ah!... puisque je ne peux lui cacher tout, 

cachons-lui du moins ma figure, (n rentre épouvanté dans le Salon.) 

SCÈNE II. 

HENRiETTE , venant du fund, une robe élégante iur le bras. 

Vile à l'ouvrage! comme c'est joli une première robe de pda- 

4 



î LE CIIAPFAU D'UN HORLOGER. 

(emps! pourvu que je l'aie &nie ce soir... Madame ne me presse 
pas, mais elle sera bien contente de poavoir mettre coite robe-là 
aujourd'hui pour aller dîner chez sa mère. Le beau temps est 
venu si vite qu'on n'est pas prêt, et les étoffes d'hiver sont si 
laides au soleil! la peluche par exemple! la peluche au grand 
Boleil, c'est affreux! ça a l'air d'un petit animal ; c'est dégoûtant... 
Mais il n'est pas dix heures; en me dépêchant... (une pendule gonne.) 
Â.h! deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze!! 
liouze! impossible! treize, quatorze, quinze, seize, (riant) dix-sept, 
iis-huit, dix-neuf. Eh bien, voilà une jolie heure, une heure toute 
nouvelle... ah! ce pauvre Amédée, quel maladroit!... (on entend un 

tuit de crécelle comme un grand ressort de pendule qui lâche sa chaîne.) Ah! 

qu'est-ce que c'est que ça? qu'est-ce donc qu'il fait à la pendule? 
Il l'exaspère! (Eiie se ihy.) 



SCENE III. 
HENRIETTE, AMÉDÉE. 

AMÉDÉE, dans le salon. 

Là! mon Dieu! mon Dieu! tout est fini, fini! ui pap»h.) 

HENRIETTE. 

Eh bien, Amédée, qu'avez-vous donc? 

AMÉDÉE, sombre et fatal. 

Rien 1 

HENRIETTE. 

Vous venez de causer la pendule ? 

AMÉDÉE. 

Non, elle s'est cassée elle-même, en tombant... 

HENRIETTE. 

Mais c'est vous qui l'avez jetée par terre. 

AMÉDÉE. 

Au contraire, c'est elle qui m'a jeté par terre; c'est elle qui est 
Vmbée sur moi, le ciel m'en est témoin; je n'ai fait qu'amortir sa 
fiute. 

HENRIETTE. 

^ouâ voilà bien!,,, cette superbe pendule qu'ils adniiiuiOBï 



SCENE II. 3 

tant... Quelle colère, quel vacarme nous allons entendre... mou- 
sieur qui est si vif... 

AMÉDÉE. 

Il n'y a pas au monde un homme plus \iolent... avec ça qu'il a 
été autrefuis espagnol, et il en reste toujours quelque chose. 

HENRIETTE. 

Bêta, ce n'est pas lui, c'est son père qui a été espagnol; mon- 
sieur Gonzalès, il s'est fait naturaliser français. 

AMÉDÉE. 

C'est possible ! mais on ne l'aura pas assez naturalisé. 

UENRIETTE. 

Ah ! dame ! le sang du midi bouillonne dans les veines. 

AMÉDÉE. 

Hein! quand il va voir sa pendule en bringue va-t-il bouil- 
lonner? 

HENRIETTE. 

Que comptez-vous faire? 

AMÉDÉE. 

Quitter cette maison... 

HENRIETTE. 

Mais cela se raccommode, une pendule... 

AMÉDÉE. 

Vous l'avez entendue, elle sonne des heures folles, surnatu- 
relies, impossibles! vingt-sept heures!... il n'y a que moi pour 
m'attirer des heures comme celles-là. 

HENRIETTE. 

Y a-t-il d'autres choses brisées, les colombes, les amours, la 
femme... 

AMÉDÉE. 

La femme en or est solide, elle n'a rien .. il y a seulement un 
petit amour qui a les jambes tordues, mais avec un bon coup do 
marteau cela peut s'arranger... Il y a aussi ces deux pauvres 
colombes qui se becquetaient... eh bien, dans la chute, elles cnt 
été séparées, elles ne se becquèlent plus; mais avec un bon coup 
de marteau, on peut les faire sa becqueter encore et rétablir le 
baiser que 1« cousin Rodrigues admire tant. — Tout cela est peu 



i LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

de chose, mais la pendule, le balancier, la sonnerie!... Oh ! n'en 
parlons pas... adieu, mademoiselle Henriette, vous pouvez \ous 
vanter d'être dans une maison que je regretterai toute ma vie... 
Quant à vous, je vous passe sous silence!... mais... vous savez 
bien, mademoiselle, que vous étiez ce qui me plaisait le plus de 
tout mon service... 

HENRIETTE. 

Allons, Amédée... 

A3IEDÉE. U s'assied accablé sur Te bord de la table. 

Ah l malheureux ! pourquoi ai-je eu l'idée de laver la cheminée 
du salon... je devais bien m'atlendre à cela... je le sais... ça me 
porte malheur de nettoyer... chaque fois que je nettoie à fond, il 
m'ariive un accident... nettoyer à fond, c'est ma perte... quand je 
nettoie légèrement je ne casse rien. 

HENRIETTE, à i«art. 

Mais aussi tu ne nettoies pas imbécile. (Haut.) Et comment avez- 
/ous fait pour jeter par terre cette pendule, qui est énorme? 

AMÉDÉE. 

C'est bien simple, je voulais laver la glace. J'ai pris la pendule 

dans mes bras, comme ça. (u prend Henriette dans ses bras.) 
HENRIETTE, indignée. 

Eh bien 1 monsieur ! 

AMÉDÉE. 

Oh 1 mademoiselle Henriette, pouvez-vous croire qu'un homme 
qui vient de casser une pendule puisse... non... non. Je la tenais 

comme je vous tiens là... (u prend Henriette dans ses bras, et la soulève de 

terre.) saus aucuno idée... tout à coup j'entends sonner... (n ourr» 

les bras arec ef°r-l, «t laisse retomber Henriette.) 

HENRIETTE. 

La pendule ? 

AMÈDÈE. 

Non, à la porte... Un monsieur qui se trompait... sans doute..» 
Vite, je veux remettre la pendule à sa place, mais je l'avais trop 
penchée sur moi, elle perd le quilibre^ et me tombe sur la poi- 
trine. Je ne savais pas ce qui lui prenait... Je veux la retenir, 
mais à mon tour je perds mon quilibre^ et je tombe avec elle sur 
le parquet... Quel bruit... Je Tenlendrai toute ma vie... 



SCËNE IV. 5 

HENRIETTE. 

Et c'est alors qu'elle a sonné vingt-sept heures. „ 

AMÉDÉE. 

Ncn, c'est plus tard, quand je l'ai remise à l'heure. 

HENRIETTE. 

Laissez-moi donc voir le dégât. (EUe entre dans le salon.) 

A5IÉDÉE. 

Une si bonne place ! .. Pas de livrée, pas d'enfants, pas de chiens 1 
Nourri, blanchi, le vin, le café et la barbe, si j'en avais !... La 
barbe et pas de livrée ! c'est-à-dire ma dignité d'homme respec- 
tée... .le ne retrouverai jamais cela nulle part, dans aucune admi- 
nistration, pas môme dans le gouvernement!... Ah! la maudite 
pendule! maudite Vénus! C'est une Vénus... le char de Vénus 
traîné par des colombes... Aussi quelle invention, faire traîner 
une voiture par des oiseaux'... Oh ! Vénus ! 

HENRIETTE, reTenant. 

Elle est belle Vénus ! elle a une affreuse bosse à la joue... mais 
•Vest égal, le mal est réparable. Vite, courez chez monsieur Dol- 
lar, l'horloger de la maison. 

AMÉDÉE. 

C'est une idée, mais je ne peux pas... Monsieur a des ordres à 
me donner avant de sortir, (on entend appeler Amédée.) Ah ! mon- 
sieur... voilà mon...si...eur... 

HENRIETTE. 

Fermez vite la porte du salon. (Amddée court fermer i* port» - He» 

flette se remet à son ourrage.) 



SCENE IV. 

HENRIETTE, AMÉDÉE, au fond, GONZALÈS. 

G G NZ A LÈS, entrant impatienté; U Tient de sa cbambre. 

Amédée, voyons vite, qu'est-ce que vous faites donc là? 

A.MÉDÉE, troublé. 

J'étais en train de dire à mademoiselle que... que... monsieur 
m'appelait. 



e LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

GONZALÈS. 

Au lieu de venir? Vous êtes fou... donnez-moi d'autres gants; 
vous n'avez donc pas vu que ceux-là sont sales?... 

AMÉDÉE. 

Sales! peut-être pour monsieur, mais pour moi, je Icà trouve 
encore très-propres. 

GONZALÈS, jetant les gant». 

Les voilà, donnez-m'en d'autres. 

AMEDEE , à part, près de la porte de Gonsalàs 

Il est en colère... déjà naturellement... que sera-ce donc... ah ! 



SCENE V. 

HENRIETTE, travaUlant, GONZALÈS. 
GONZALÈS, 

Eh ! mais, c'est ma robe, elle est dôjà faite, madame la trouve 
donc jolie? 

HENRIETTE. 

Charmante, d'une si douce nuance... Celte robe-là est encore 
mieux choisie que celle de l'année dernière. 

GONZALÈS. 

La première robe de printemps, c'est toujours moi qui la donne. 

HENRIETTE. 

Et aussi la première robe de l'hiver, et le premier chapeau et 
les premières guirlandes... monsieur est si coquet pour madame... 

GONZALÈS. 

Il faut bien que je le sois pour elle, puisqu'elle ,>e s'occupe pas 
de sa toilette. 

HENRIETTE. 

Il est certain que madame ne tient guère à la parure. 

GONZALÈS. 

Et elle a raison, elle n'en a pas besoin. 

HENRIETTE. 

C'est vrai, la moindre fleur, le plus petit morceau de dentelle, 



SCÈNE VI. '^ 

et la voilà parée comme une châsse... C'est quV'?.h est belle tou. 
de boo, 

GONZALÈS. 

La beauté de Stéphanie, c'est mon seul luxe. — Eh bien 
qu'est-ce qu'il fait donc? Mes gants, Amédée ! 



SCENE Yî. 
HENRIETTE, GONZALÈS, AMÉDÉE. 

AMÉDÉE. 

Monsieur ! 

GONZALÈS. 

Mes gants... 

AMÉDÉE. 

Quels gants? 

GO'ZALÈS. 

Ceux que je vous ai demandés; j'attends. 

AJIÉDÉE. 

Je les ai préparés sur la cheminée de monsieur. — Je croyaii 
que monsieur viendrait les prendre. 

GONZALÈS. 

Quelle idée 1 

AMÉDÉE. 

C'est là que je les mets toujours... Je ne peux pas préparer des 

gants dans une salle à manger, (n rentre dans la chambre.) 
GONZALÈS. 

Il est d'une bêtise classique! 

AMÉDÉE, revenant et donnant lei panto . 

Voilà, monsieur. 

GONZALÈS. 

Mon cousin Rodrigues Gonzalès va venir. 

AMÉDÉE , à part. 

Le cousin de la pendule, je suis perdu !..• 

GONZALÈS. 

Vt)iis lui direz que je suis sorti... 



8 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

AMEDEE, l'interrompant TiTemesL 

Monsieur ne sort donc pas ^ 

GONZALÈS. 

Mais si, qu'est-ce qui lui prend? 

ÂMÉDÉE. 

C'est que monsieur ne me dit jamais de réporidre qu'il est sorti, 
[uand il ne sort pas; alors je croyais... 

GONZALÈS. 

Il fallait m'écouter et ne pas m'interrompre... Vous lui direz 
que je suis sorti plus tôt que je ne pensais sortir pour aller au pa- 
lais voir mon avocat, mais que je serai ici à cinq heures... Enten- 
dez-vous? Voyons, qu'est-ce que vous avez compris? 

AMÉDÉE. 

Que monsieur était obligé de sortir plus tôt qu'il ne devait 
Tcntrer pour aller voir le palais de son avocat , qui serait ici à 
cinq heures. 

GONZALÈS. 

Ah ! c'est trop fort! c'est moi qui serai ici à cinq heures... 

AMÉDÉE. 

Bon, monsieur... 

GONZALÈS. 

Ce garçon-là m'amuserait bien au service d'un autre... (u tort 

p*r le fond.) 

SCÈNE VII. 
HENRIETTE, AMÉDÉE. 

AMÉDÉE. 

Vous le voyez, nein! quelle malveillance, il prend tout ce que 
je lui dis de travers... 

HENRIETTE. 

Courez vite chez l'horloger. 

AMÉDÉE. 

Eh! le puis-je, lo puis-je? Le cousin qui va venir... vous savez 
bien la première chose qu'il fait dès qu'il arrive ici , vite , il s'en 
va voir la pendule, sa chère et damnée pendule, son objet d'art. 



SCÈNE Vil. 9 

comme il l'appelle , que leur grand'mère a léguée à monsieur, ce 
dont le cousin enrage : il est si envieux de monsieur 1 

HENRIETTE. 

Allons, il est taquin, mais il n'est pas méchant. 

AMÉDÉE. 

Non, c'est un bon envieux... mais il envie tout à monsieur... sa 
fortune, sa femme... 

HENRIETTE. 

Sa femme! La sienne est pourtant très-jolie... et elle l'aime 
bien. 

A31ÉDÉE. 

Ah ! s'il allait entrer dans le salon ! 

HENRIETTE. 

Vous le renverrez... 

AMÉDÉE. 

Oh! bien oui, est-ce qu'on renvoie les gens qui tutoient mon- 
sieur?... Avec ceux-là, j'en ai pour une heure... Ils demandent 
des cigares, et ils s'établissent là pour attendre... Non , celui-là, 
il ne faut pas se flatter de le ficher à la porte, c'est un rêve, non... 
Voilà ce que je peux faire : dans le salon, bouleverser tout, ren- 
verser les meubles, jeter en travers balais et plumeaux, couvrir 
d'un drap la pendule et les candélabres, flanquer du blanc d'Es- 
pagne sur les glaces et les carreaux... et puis balayer, oh! mais 
!)alayer avec fureur, pour qu'une poussière épouvantable aveugle 
tous ceux qui voudraient passer la porte... Je ne peux que ça, ef 
encore ça ne pourra pas durer toujours... Oh ! mademoiselle Hen- 
riette, si vous étiez bien gentille... 

HENRIETTE. 

Je n'ai pas le temps d'être gentille. 

AMÉDÉE. 

Vous iriez chercher l'horloger. 

HENRIETTE. 

Je ne peux pas, mon pauvre garçon. 

AMÉDÉE. 

Oh! mademoiselle Henriette, allez-y, et ma vie est à vous! Je 
me donnerai à vous tout entier, je vous prendrai pour moi tout 

4. 



10 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

entière .. Je vous servirai, je vous protégerai, je vous défer.draj 
comme un seul homme. 

HENRIETTE. 

Il perd la tête ! 

AMÉDÉE. 

J'embrasse vos genoux î 

nÉNRIETTE", se tevant. 

Encore! Quel désespoir entreprenant! Laissez-moi. 

LE PORTIER, en deliors, au fond. 

Il n'y a donc personne ici? 

AMÉDÉE. 

Oh ! le portier! c'est le ciel qui l'envoie !... Je ne vous demande 
plus rien, mademoiselle... avec quelques centimes, j'obtiendrai de 
ce vieillard, dont je ne suis pourtant pas amoureux, tout ce que 

vous refusez à mes folles prières! (n va au fond receroir le portier. - 
Henriette se remet à travailler.) 



SCÈNE VIII. 
HENRIETTE, AMÉDÉE, LE PORTIER. 

LE PORTIEB. 

Voilà une lettre pressée pour monsieur Gonzalès. 

AMÉDÉE. 

Par la poste? 

LE PORTIER. 

Non. — En voilà d'autres par la poste et des journaux. 

AMEDEE , posant les papiers sur le poêle, à part, en passant à droite. 

Tenons-nous bien, cet homme est très fin. (Haut.) Ètes-vous bien 
fatigué, monsieur Robineau? 

LE PORTIER. 

Oui... pour,..? 

AMÉDÉE. 

Pour une petite course; mais si vous êtes trop las! ... 

LE PORTIER, descendant. 

Est-ce quelc^ue chose d'important? 



SCÈNE YIII. H 

A il É D É E. 

Non, c'est ce coquin d'horloger qui ne vient pas. 

LE PORTIER. 

Vous avez cassé quelque montre? 

AMÉDÉE. 

Moi ! non, je ne casse jamais rien... Je ne sais pas comment je 
fais, mais jamais je ne casse rien. 

LE PORTIER. 

C'est que vous êtes adroit. 

AMÉDÉE. 

Non, ce n'est pas ça... 

LE PORTIER. 

Eh bien , qu'est-ce que vous lui voulez donc à votre horloger ? 

AMÉDÉE , cherchant. 

Ah! voilà... c'est une surprise... J'ai un cadeau de noces à 
faire à un de mes amis... qui vient de perdre sa femme .. (a part.) 
Qu'est-ce que je dis donc! (Haut.) J'aurais l'intention de lui offrir 
une montre en argent. 

LE PORTIER. 

Je le pense bien, vous ne lui en offririez pas une en or. 

AMÉDÉE. 

Pourquoi pas? si j'en trouvais une en or pour le raôme prix.w 
Oh ! je n'y regarderais pas. 

LE PORTIER. 

Mais, ce n'est pas probable. 

AMÉDÉE. 

Oh ! une vieille qui ne serait presque plus en or. 

LE PORTIER. 

Vous m'en direz tant... 

AMÉDÉE. 

Pour ça, j'aurais voulu un horloger. 

LE PORTIER. 

Ça lombe sous le sens. 

AMÉDÉE. 

Voulez-vous aller, de ma part, chercher monsieur Dollar, c'est 



n LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

mon horloger, rue de Choiseul ; vous serez bon mille fois, vous 
me rendrez un véritable service, et je vous en aurai une recon- 
naissance éternelle... Bien plus, je vous donnerai quinze sous. 

LE PORTIER. 

Pas besoin d'en dire si long... une course! - quinze sousl 

AMÉDÉE. 

Quinze sous I même vingt. 

LE PORTIER. 

Pourquoi donc, monsieur le renchéri? je ne veux pas vous 
traiter en maître, quinze sous, rien de plus. 

AilÉDÉE. 

Soit, (a part.) Je n'insiste pas, cela éveillerait son attention... La 
générosité est toujours suspecte, l'innocent n'a pas besoin d'être 
généreux. (Le portier sort.- Amëdée le suivant.) Mousieur DoUar, au coin 
du boulevard! 



SCENE IX. 

HENRIETTE, AxMÉDÉE. 

AMÉDÉE. 

Oh! ouf! celte dissimulation.... Cependant un peu d'espoir me 
revient au cœur... Cet horloger m'apparaît comme un arc-en-ciel 
au milieu de l'orage... Oh! mademoiselle Henriette, s'il allait me 
slire que la pendule n'est presque pas cassée ! 

HENRIETTE. 

Et même que ça lui a fait du bien, (la porte de la chambre de stôphame 
B'ouTTe.) 

AMÉDÉE. 

Ah! voilà madame, à présent!... Toujours les maîtres... On 
serait bien chez eux s'ils n'y étaient pas!... Je vais bouleverser 

le Sdlun. (U sort par le salun.) 



SCENE X. ^3 

SCÈNE X. 
HENRIETTE, STÉPHANIE. 

STEPHANIE , tenant nne bonbonnière et un Cacoa. 

lîonsieur n'est pas parti ? 

HENRIETTE. 

Est-ce qu'il n'a pas vu madame? 

STÉPHANIE. 

Si, mais j'ai oublié de lui dire quelque chose... 

HENRIETTE. 

Monsieur est allé au palais ; si c'est une chose importante, 
Amédéepeut courir... 

STÉPHANIE. 

Non, c'est inutile... (a part.) Je n'ai rien à lui dire du tout; je 
voulais seulement lui donner quelques bonbons à grignoter et 
mon flacon... Respirer pendant cinq heures cet air malsain... qui 
endort les juges... Pauvre Fernand! (Haut.) Oh! ma robe! Mais 
elle est faite ! je pourrai la mettre ce soir... 

HENRIETTE. 

Oui, si je pouvais aller chercher des rubans ; mais si je sors, je 
n'aurai pas le temps de finir la robe, et si je ne sors pas, la robe 
n'aura pas ses rubans. 

STÉPHANIE. 

Mais moi, je peux bien aller les chercher. 

HENRIETTE. 

Cela vaudrait mieux... Madame choisirait mieux que moi. 

STÉPHANIE. 

Combien vous faut-il pour les nœuds du corsage et des man- 
ches?.,. 

HENRIETTE. 

Madame c'a qu'à demander la pièce, je prendrai ce qu'il 
faudra. 



Il LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

STÉPHANIE. 

Donnez-mbî un échantillon. 

HENRIETTE. 

Que madame se défie de la nuance, il faut voir les rubans à la 
lumière, ce vilain lilas vous joue des tours... 

STÉPHANIE. 

Je le connais, j'y ai déjà été prise. J'y vais tout de suite, il faut 
bien mettre cette robe aujourd'hui puisqu'elle est faite. 

HENRIETTE. 

Et puis cela fera tant de plaisir à monsieur qui l'a donnée., 

STÉPHANIE. 

J'aurais préféré une robe bleue. 

HENRIETTE. 

Oh ! si monsieur savait cela ! 

STÉPHANIE. 

îl ne faut pas le lui dire ; il irait vite en chercher une bleue. 

HENRIETTE. 

La charmante crainte... on est bien heureuse d'avoir de si belles 
robes. 

STÉPHANIE , à part soariant. 

Qui ont pour point de départ un si bon mari. (Haut.) Henriette, 
vite mon chapeau... (Henriette se ièv8.) non restez, ne perdez pas 

une seconde. (Elle rentre chez eUe.) 

HENRIETTE. 

Voilà un ménage modèle? mais trop uni, cela fait peur, après 
quatre ans de mariage s'aimer encore ! cela n'est pas dans la na- 
ture, (on ec22e en dehors, au fond.) 



SCENE XI. 

HENRIETTE, AMÉDÉE, L'HORLOGER. 

AMÉDÉE, três-açitp, sortant du salcn. 
L'est lui! mon cœur bat! (U ra ouvrir au fond, en dehors. - HenrietU 
écouter à la porte de la cbambie de Stéphanie. — K l'horloger.) Oh! C ÇSt 



S€ËNE XII. 45 

vous!'.! monsieur, je vous en remercie, car si vous aviez été 
un autre, j'aurais été bien tourmenté. 

l'horloger '. 
Vous avez fait demander des montres? (n po^e «» ch»peau i«r i. 

Shaise où Henriette traTaillait et tire de sa poche une boîte à montres.) 
AMÉDÉE. 

Non. 

l'horloger. 
Alors ce n'est pas vous... 

AMÉDÉE. 

Si, mais chut !... (a Henriette qui lui fait des sig4«s.) Madame est là^ 

HENRIETTE. 

Oui. 

l'horloger. 

Pour quel objet? 

AMÉDÉE. 

Il est là dedans l'objet, soyez prudent. Mon sort va se décider, 

mademoiselle Henriette priez pour moi! (Amédée entraîne l'horloger dan^ 
le salon-) 

HENRIETTE, les suÏTant. 

Il faut que j'entende sa condamnation. — Oh ! madame ! (eii« 

revient Tcrs la fenêtre.) 



SCENE XII. 

HENRIETTE, STÉPHANIE, habillêe pour wrtzr. 
STÉPHANIE. 

€et échantillon est trop petit, on ne juge pas bien de l'en- 
semble. 

HENRIETTE. 

Je vais chercher un morceau plus grand. (Eiie prend son panier, u 

pose tar la table du miliea, et iImtcuo.) 
4. L'horloger, Amédée, Henriette. 



48 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

STÉPHANIE. 

Monsieur ne rentrera qu'à cinq heures, nous aurons bien Ir 
temps d'essayer la mantille ! 

AMÉDÉE , dans le salon. 

Oh! 

STÉPHANIE. 

Qu'est-ce que cela .' 

HENRIETTE, a part, écoutant. 

Amédée qui se lamente. 

STÉPHANIE. 

J'entends gémir... il y a quelqu'un dans le salon? 

HENRIETTE. 

Ce n'est rien, madame, c'est Amédée... qui chante. 

STÉPHANIE. 

Quelle triste chanson? 

HENRIETTE. 

Il a la voix si fausse... 

STÉPHANIE. 

Eh bien, vous ne trouvez pas? Êtes-vous donc comme Amédée, 
qui perd tout ? 

HENRIETTE, cherchant. 

Oui, hier monsieur lui demandait la clef de son armoire et il lui 
a fait cette belle réponse : c'est moi qui l'ai perdue, monsieur, 
mais bien innocemment, car je ne sais oîi je l'ai mise. 

HENRIETTE. 

Ah ! voici l'échantillon ! 

STÉPHANIE. 

A la bonne heure! on peut choisir avec celui-là. (eho sort pu i« 

fond.) 

SCÈNE XIII. 
HENRIETTE, AMÉDÉE. 

HENRIETTE, ouvrant la porte du salon. 

Prenez donc garde, madame vous a entendu gémir, (eiib retonm. 

f»*s de la taille a ourrage, mais reste debout après *Toir posé sur la table du tuilia« 
l» 6ii*,p«au nMi éUit sur ta chaise.) 



SCÈNE XIV. 17 

A M É D É E , paraissant geai. 

Madame ! 

HENRIETTE '. 

Elle est sortie... Eh bien, y a-t-il du remède? 

AMÉDÉE. 

Oh ! je suis sauvé ! je n'ai cassé que le grand ressort, îa sonne- 
rie, le spiral et le barillet, et monsieur Dollar dit que ce n'est 
rien, que dans quatre jours la pendule sera reposée sur la chemi- 
née... quatre jours ! c'est tout ce qu'il nous faut... on ne se tient 
dans le salon que le dimanche. Ahl je respire!... il faut que je 
vous embrasse dans mon bonheur ! 

HENRIETTE, qui a termina sa robe et la tient sur sc^^n bras. 

Non, vous m'avez déjà trop embrassée dans le malheur. 

AMÉDÉE. 

Oui, mais machinalement, tandis que maintenant je sais ce que 

jetais, (il Teut l'embrasser, elle lui échappe.) 

HENRIETTE. 

Moi, aussi... et je m'en vais. 

AMÉDÉE. 

Où donc, méchante? 

HENRIETTE. 

Chercher mes dentelles, (mie sort p&r le lond, emportant la rob«.) 



SCENE XIV. 

AMÉDÉE, puis L'HORLOGER. 

AMÉDÉE. 

Et moi, je cours chercher un cabriolet pour l'enlèvement de la 
pendule... Le char de Vénus traîné par un horloger!... Je peux 
rire à présent... j'ai la plaisanterie facile... (on entend scnner.) Ah ! 
mon Dieu! qui vient là? C'est le cousin de la pendule... Que 
faire? que devenir? Il ne faut pas qu'il assiste à son enlèvement. 

t. flecrieUe, Amédee. 



18 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

Entre ITiorloger Tenant du salon. Il tient la pendule dans ses bras; elle est raT«lop> 
pée Cani *a drap. On sonne encore.) Ce Il'est paS la manièie QC SODTier ClU 

cousin... Je ne reconnais pas son son!... 

l'horloger. 
Si vous ouvriez la porte? 

AMÉDÉE. 

Je ne puis pas ouvrir. 

l'horloceb. 

Voulez-vous que j'ouvre?... • 

AMÉDÉE. 

Ouvre-moi le ventre plutôt, malheureux! 

GONZALÈS, appelant du dehors. 

Amédéel Amédée! Ouvrez donc, morbleu'.... Ouvrez donc!.,. 

AMÉDÉE, éperdu. 

Ah ! ah ! Tout est perdu ! C'est monsieur ! c'est monsieur, qui 
ne devait rentrer qu'à cinq heures... Où cacher cet homme?... S'il 
le voit, tout est découvert... Ah! monsieur, je vous on supplie, 
entrez dans cette chambre ! mettez le verrou et ne répondez qu'à 
ma voix. 

« l'horloger. 
« Mais dans le salon... 

« AMÉDÉE. 

« Il n'y a pas de verrou dans le salon, » 

l'horloger. 
Que je m'enferme dans la chambre de madame? 

AMÉDÉE. 

Il a peur de se compromettre!... En voilà une drôle de pu- 
deur... faut-il être horloger!... (n pousse rhorloger dans la cbAmbrede 
Stéphanie.) Lo VCrrOU ! le verrou!... Ah !... (on entend le bruit d'ua verrou 
qu'on tire.) 

GONZALÈS, en dehors 

Amédée ! 

AMEDEE, criant comme dans le lointain 

Me voilà, monsieur! je descends... Comment motiver?... Ouï.., 
il n'y a pas d'autre moyen... Je dirai que j'étais là -haut, dans m3 

chambre, en train de m'habiller. (u ôte sa erarate, sa reste, son filet et 



SCÈNE XV. «9 

•OBtiac» de tf) dësbahiller , mais il s'arrête.) NOIÎ , c'eSt trOp... Ce n6 Serait 

pas probable... il ne comprendrait plus pourquoi j« Tai fait atten- 
dre... Comme cela, c'est plus naturel... ce costume parle de lui- 
même... 11 faut que je m'essouffle un peu. Je descends, mon- 
sieur, (il court autour de la table. — Gonzalès paraît.) 

SCÈNE XV. 
GONZALÈS, AMÉDÉE. 

GONZALÈS, en colère. 

Allons donc, morbleu! il faut qu'on ouvre pour vous? Que fav 
siez-vous donc? 

AMÉDÉE. 

J'étais dans ma chambre à m'habiller... monsieur m'a inter- 
rompu au plus fort de ma toilette... Je demande bien pardon à 
monsieur si je l'ai fait un peu attendre... Voilà des journaux et 

des lettres pour monsieur, (oonzalès ut les lettres. — Amédée, à part, regar- 
dant la porte par laqueUe Thorloger est sorti.) POUFVU qu'il nO tOUSSO paS ! 

s'il est enrhumé, je suis perdu ! (n écoute et regarde.) Tiens ! qu'est-ce 

qu'il fait donc?... (on entend sonner une pendule.) Oh! il montO la petite 

pendule de madame... Vite, du bruit... pour que monsieur ne 
l'entende pas... (n remue une chaise.) Ohl que c'est bien une idée 
d" horloger!... Ces gens-là, on ne peut pas les laisser seuls avec une 
pendule sans que... (n aperçoit le chapeau de rhoriogor.) Ah! que vois-jel 
son chapeau!... il a oublié son chapeau! 

GONZALES, après avoir lu plusieurs lettres insigaiflantes, 
sVmeut tout à coup. 

Qu'est-ce que cela? une lettre anonyme à moi!... L'écriture est 
contrefaite... Ce sont des vers... 

ENVOI A UN MARI. 

« Constant époux, toi qui dis que l'on faim<» 
« Et que rou t'aime pour toi-même , 
« Va te promener et crois-moi 
« Ne rentre pas trop tôt chez toi; 
« Car ta colombe bien aimée, 
g Avec un tourtereau chez elle est enfermée i 



20 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

« Et si tu revenais au coloml)ier trop tôt , 
« Tu pourrais avoir l'air d'un sot. » 

(pendant que Gonzalès lit, Amcdée se r'babille et cherche à enlever le chape a-a sani 

#tre vu, mais u n'r peut parrenir.) Les mauvais vers ot les méciiaiites 
gens... C'est absurde, et pourtant c'est désagréable à lire... 

A M É D É E , se posant devant la table et prenant le chapeau derrière son dos. 

Monsieur ne passe pas dans son cabinet? il est fait... Je n'ai 
plus qu'un coup de plumeau à y donner, mais je ne le donnerai 
pas... 

GONZALÈS. 

Tout à 1 heure. (ll donne son chapeau à Amcdée en passant devant lui. — 
Amédée, qui tient les deux chapeaux dans les mains, se contorsionne pour cacher ceiu 
qu'il tient derrière lui.) 

AMÉDÉE. 

Est-ce qu'il va rester ici? 

GONZALÈS, àpart. 

Ma femme... Stéphanie... elle n'a pas d'ennemis; qui peut s'a- 
muser à la calomnier?... Si bonne, si naïve! c'est indigne!... Le 
monde est méchant... Oh! j'ai besoin de la voir, chère enfant!... 

Il va pour ouvrir la porte de la chambre de sa femme.) 

AMÉDÉE, à part. 
Que fait-il?... Dieu! (Dans son effroi, il oublie les chapeaux qu'il pose sur la 
table, et va vivement près de Gonzalès.) 

GONZALÈS. 

Stéphanie! Elle n'entend pas... le verrou est mis... Madame est 
à sa toilette? 

AMÉDÉE. 

Oui, monsieur; elle essaie plusieurs robes. 

GONZALÈS. 

J'entends marcher... un pas lourd, très-lourd... 

A ai É I) É E , à part. 

H m:j(rche!.c: l'imbécile, il marche! (Haut.) C'est madcmoî- 
selle Henriette, sans doute... Elle va sortir, elle a mis ses bottes, 
ses petites bottes, ses brodequines. 



SCENE XV. 21 

GONZALÈS. 

Stéphanie?... Henriette 1... On ne répond rien. (Apercevant le cha- 
peau) A qui ce chapeau? 

A M É D É E , froidemen,. 

le ne sais pas, monsieur; c'est un chapeau qui se trouve là, je 
ne l'ai pas vu entrer... 

GONZALÈS , à part. 

Non... voyons!... il faut être raisonnable... Elle va venir... elle 
s'babille... Stéphanie!... 

AMÉDEE, à part. 

Ah ! une idée... (Haut.) Si monsieur veut, j'appellerai à la petite 

porte du corridor... (n sort par le fond en courant.) 
GONZALÈS, distrait. 

Oui... Mais ce chapeau est à quelqu'un!... Il y a quelqu'un 

chez moi. (seul, a regarde par le trou de la serrure.) Jo VOis... JO nO me 

trompe pas... un homme... Il est près de la cheminée... Je ne le 
reconnais pas... Il y a un homme dans la chambre de ma 
femme!... Je ne le vois plus... Oh! je ne veux pas qu'on le fasse 

s'échapper... (U court vers le fond. Bruit de rerrou à droite.) Il OSt trOp 

tard! 

AMÉDEE, ouvrant la porte et rentrant. 

Ce n'est pas étonnant si on ne répondait pas, il n'y avait per- 
sonne... madame est sortie... C'est mademoiselle Henriette qui 
avait oubhé d'ôter le verrou. 

GONZALÈS. 
Oh l je verrai bien!... (u entre vivement dans la chambre.) 
AMÉDEE, seuL 

Filé!... avec la pendule et mon chapeau qui est trop petit pour 
i^a diable de tête... Mais il m'a promis qu'il ne le mettrait pas... 
Monsieur n'y a vu que du feu !... J'ai bien mené ça... Ob 1 les es* 
caliers dérobés, quelle belle invention!... Ah! le chapeau, il l'a 
vu... mais un chapeau tout seul! ça ne dit rien... (u emporte le ch*. 

paiu dans le saloa.) 



£2 LE CHAPEAU D'UN HORLOGEïl. 

SCÈNE XVI. 

GONZALES, seul, rentraxit da fond. 

Personne,.. Il est parti.., Elle... a eu peur, elle se sauve... Mais 
nun! Stéphaniel... une intrigue!... c'est impossible!... Ah! cette 
pensée me dévore . Je n'y crois pas... je ne crois rien... Et {,'our- 
tant je souffre comme si je croyais!... Mais cet homme, je l'ai vu, 
je l'ai bieu vu!... Mais il y a tant d'explications à donner aux 
choses les plus étranges ; c'est, sans doute, quelque incident très* 
naturel... Je me tourmente pour rien... Je sens que c'est pour 
rien... Je rirai bien quand... C'est cette lettre qui me trouble... 
Sans cette lettre, sans cette maudite lettre, j'aurais déjà trouvé 
la cause véritable... Mais voilà... cette lettre m'a prévenu... Je 
me figure tout de suite que c'est un amant, comme s'il n'y avait 
pas vingt circonstances raisonnables qui amènent naturellement 
un homme dans la chambre d'une femme! Il y en a... il y en a... 
mais! (Arec rage) mais je ne les trouve pas... Et ce chapeau!... Et 
ma femme qui m'a dit ce matin qu'elle ne sortiitiit pasde toute 
la journée... pourquoi s'est-elle ravisée?... Non, elle n'était point 
sortie... elle était là... et à ma voix... Elle n'a pas osé tout de 
suite reparaître devant moi... Et comme on m'a laissé sonner à 
la porte... longtemps!... longtemps!... On se concertait... On a 
censé au petit escaUerl... je n'y ai pas pensé, moi!... Eh! pou- 
vais-je y penser!... Et cet imbécile, il s'entendait avec eux... On 
iii avait dit de me faire attendre... Oui, je me rappelle, son 
; rouble à mon retour était visible... il sait tout... Je veux leregar- 
!er en face et lire sur sa stupide figure la vérité! Oh! la vérité, 
.i terrible qu'elle soit, je la veux... Amédée! 

SCÈNE XVII. 
AMÉDÉE, GONZALES, puis RODRIGUES. 

AWÉDÊE, venant du ss.!jb. 

Mons.'eur me désire? 

GONZALES. 

Qui est-ce qui est venu pendant mon absence? 



SCÈNE XVII. â3 

ahèdee. 
Personne. 

GO.NZALÈS. 

Mais il y avait là quelqu'un tout à l'heure?... J'ai m un cha- 
peau à cette place. 

A M É D £ E , descendant près de la table 

Le voilà, monsieur, 

GONZALÈS. 

C'est le mien. 

AMÉDÉE. 

Oui, c'est le chapeau de monsieur. 

GONZALÈS. 

Et l'autre? 

AMÉDÉE. 

Il n'y est plus, monsieur. 

GONZALÈS. 

Où est-il donc passé?... 

AMÉDÉE. 

J'avouerai franchement la vérité à monsieur... ce chapeau, je 
ne l'ai vu apporter par personne ; mais, je dois le lui avouer 
aussi, je n'ai vu personne l'emporter. 

GONZALÈS , à part. 

Laissons-le dire, il est si bête qu'il se trahira. 

AMÉDÉE. 

Je ne cacherai pas à monsieur mon effroi... Il y a maintenant, 
dit-on, des chapeaux qui tournent tout seuls... Je ne voulais pas 
y croire, mais... 

GONZALÈS. 

Mon cousin Rodrigue? est ici peut-être? (on sonne au fond.) 

AMÉDÉE. 

Non, monsieur, mais je l'entends, (u Ta ouvrir u port« du fond ea 

dehors.) 

GONZALÈS, à part. 

Ce garçon a l'air bouleversé, je n'ai pas encore pu rencontrer 
ses yeux. Mais soyons calme... Rodrigues triompherait, s'il sa- 
vait... 



24 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER, 

' RODRIGUES, entrant avec Amé<3<'e. 

Bonjour, cousin. Eh bien! toujours heureux et toujours amou- 
reux... Le modèle des tourtereaux et des époux!... Tircis marié, 
io troubadour en ménage... 

GONZALÈS. 

Toujours. 

RODRIGUES. 

Comme tu dis cela !... tu as l'air de te moquer de toi... 

GONZALÈS. 

Non, c'est de toi que je me moque... de toi, qui ue crois pas 
au bonheur. 

RODRIGUES. 

je viens déjeuner avec toi. 

GrOiN'ZALÈS. 

Ah ! Je ne comptais pas déjeuner. 

RODRIGUES. 

Tu es malade?... Tu n'as pas faim ?... 

GONZALÈS. 

Si... je m'aperçois... 

RODRIGUES , à part. 

Qu'est-ce qu'il a ? 

GONZALÈS. 

Araédée ! 

AMÉDÉE. 

Monsieur? 

GONZALÈS. 

Servez-nous à déjeuner. (Amedé» sort parie fond) — Je suis sorti de 
bonne heure pour cet ennuyeux procès, et j'avais oublié du dé- 
jeuner. 

RODRIGUES. 

Et tu l'as perdu ton procès?... 

GONZALÈS. 

Oul*a remis à huitaine... Qu'est-ce qui te fait supposer?.., 

I. Rodri^ies, Gonzalès, Amédée, rangeant et épousssl'ot. 



SCÈNE XVIII. 25 

RODRtGUES. 

Ah ! c'est que tu as la mine d'un homme qui a perdu quelque 

chose. ( AroMée rentre apportant le d<*jeuner sur un plateau.) 
GONZALÈS. 

J'ai... j'ai la migraine tout bonnement, parce que je meurs de 
faim; en me faisant déjeuner, tu me sauves la vie. 

RODRIGUES. 

Et la belle des belles sera-t-elle des nôtres? 

GONZALÈS. 

Non, elle est sortie. 

RODRIGUES. 

Pour toute la journée?... et elle rentrera ce soir à cinq heures 
avec un petit fichu de soie dans un papier ou un petit ruban 
qu'elle aura mis cinq heures à choisir... Je connais ça, ma femme 
aussi était sortie quand je suis rentré à la maison, (a part.) Il est 
'aloux, nous allons rire. 

SCÈNE XYIII. 
GONZALÈS, XODRIGUES, AMÉDÉE. 

A SI E D E E , mettant le touTcrt. — A part. 

Déjeuner à table... invention de paresseux! Allons, je ne sais 

plus ce que je fais... (n reporte sur le po^leune lampe qu'il allait mettre su* la 
table.) 

RODRIGUES, à Gonzalès. 

Parions que Stéphanie est allée acheter des petits rubans. 

GONZALÈS. 

Le grand mal... 

RODRIGUES. 

Le grand malf... il n'y en a pas; mais je parie... ta pendule... 

AMÉDÉE. 

Oh ! qu'est-ce qui parle de pendule? (oans son troubièU met les radi» 

dans le sucrier et les morceaux de sucre dans le bateau aux radia.) 
RODRIGUES. 

r.ette belle Vénus ! J'en ai vu une hier chez Montbro, du même 

style, mais quelle différence ! (Rodrigues se dirige versla porte du salon.) 



îf LU CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

A M É D É E , k part. - Très-ému. 

Voilà le moment ! Il me passera plutôt sur le corps ! (n tûart à 

la porte du salon et balaye vivement pour l'empêcher d'entrer.) 
RODRIGUES regarde dans le salon. 

OÙ est-elle donc la pendule ? 

ÂMEDEË, à la porte du salon. 

Elle est là-bas. J'ai nettoyé le marbre de la cheminée, et j'ai 
posé la pendule sur le divan. — Les coussins vous la cachent, 
monsieur. Moi, je la vois, parce que je sais qu'elle y est... mais 

Il faut savoir... (Avec le manche du balai, il enlève le chapeau de Rodrigues qui 
•ntre dans le salon.) 

RODRIGUES. 

Quel remue-ménage ! Ce n'est pas très-commode de naviguer à 
travers desécueils de chaises, de fauteuils... 

AMÉDÉE, très-agité. 

C'est même impossible. Le déjeuner est servi, (a Rodrigues.) 
Monsieur attend monsieur. Monsieur, les radis refroidissent... (Dam 

son trouble il époussette le déjeuner.) Oh 1 qu'ost-CO qUÔ jô dis ? 

ROGRIGUES, rentre sans chapeau 
Je la verrai plus tard. (U s'assied à gauche de la tebl«.) 

GONZALES, à part, s'assejant à droite de la table. 

Elle ! Toutes les femmes, mais pas elle 1 (u prend les radis dans i« 

sucrier et les met dans sa tasse.) 

RODRIGUES. 

Eh bien ! qu'est-ce que tu fais ? Tu sucres ton thé avec des 
radis... passe encore pour des betteraves. 

GONZALÈS. 

C'est cet imbécile aussi qui s'est trompé. 

RODRIGUES. 

Bon ! il a mis le sucre dans l'eau des radis, et le voilà qui 
fond à plaisir... 

GONZALÈS. 

Amédée, voyez un peu ce que vous faites. 

AMÉDÉE, derrière la table. 

Pardon, monsieur, j'aurai été distrait... par une distraction... 



SCÈNE XIX. 27 

RODRIGUES. 

Donne-moi à boire, j'ai une soif. (Gomalès, qui tient U théière, rerse i7 
»hë dans le Terra de Rodrigrues.) Eh ! tU me brÙloS... qu'cSt-CO qUG tU 

fais donc? 

GONZALÈS. 

J'avais compris que ta voulais une tasse de thé. 

RODRIGUES. 
Soit. Je prendrai du thé. (n prend une tasse, Amëd^e y rerse du Tin.) 

Allons, bon! voilà qu'il me verse du vin dans une tasse! (a part., 
Mais qu'ont-ils donc? C'est le déjeujier d'un foU; servi par un 
imbécile, (a Amédée.) Laisse-nous... 

AMÉDÉE, à part, à droite. 

Je ne demande pas mieux, c'est tout de même un drôle de ser- 
vice, (u sort par le fond.) 

RODRIGUES. 

N'insistons pas, c'est plus prudent. 



SCENE XÏX. 
GONZALÈS, RODRIGUES. 

RODRIGUES. 

Ah çà, mon pauvre ami, ce n'est pas moi que tu peux trom' 
per... tu souffres... tu es malheureux... conte-moi ça, je te gué- 
rirai, moi... tu es jaloux? « Notre petite femme nous fait de* 
« traits, hein! Eh! bien! ce n'est pas un malheur, on ne peut 
« pas appeler ça un malheur. 

<t GONZALÈS. 

a Pour moi, ce serait le plus affreux de tous. 

« RODRIGUES, paiement. 

« Il faut pourtant bien que tu t'y fasses, que tu t'y prépares... 
( vois-tu! cette chose-là, c'est comme la mort c'est inévitable, il 
« faut de même s'y bien préparer. Tu n'as qu'à te dire tous les 
« matins, ça me sera égal, ça me sera bien égal; le grand jour 
« venu, tu te diras tout naturellement ça m'est bien égal. 

a GONZALÈS. 

« J« ne dirai jamais cela. » 



28 LE CHAPEAU D UN HORLOGER. 

RODRIGUES. 

Voyons, parlons net... c'est le petit vicomte qui te tracasse? 

GONZALÈS. 

Le vicomte 1... je ne sais pas ce que tu veux dire 1 

RODRIGUES. 

Ce joli garçon du Jockey-Club, qui est amoureux de ta femme 
et qui la suit partout. 

GONZALÈS. 

Un homme oserait... 

RODRIGUES. 

Allons ! calme-toi... il n'est pas dit qu'elle l'encourage. 

GONZALÈS. 

L'idée seule!... 

RODRIGUES. 

Ah ! tu es plaisant, toi; tu t'imagines que tu auras épousé une 
des plus jolies femmes de Paris pour toi tout seul, et qu'il ne sera 
permis à personne de la regarder. « Ah! tu prétends, au mono- 
a pôle de ta femme! rien que cela! Et de quel droit donc, s'il te 
plaît? Qui es-tu pour t'arroger ce monstrueux privilège? 

« GONZALÈS. 

« Parbleu ! je suis son mari ! 

a RODRIGUES. 

« Ah ! voilà le grand mot lâché 1 son msri I Qu'est-ce que c^la 
« fait, ça? Est-ce que je ne suis pas le mari de ma femme... Eh! 
« bien! est-ce que j'ai des prétentions, moi? Tu as choisi ta femme 
« pour sa beauté, morbleu 1 il faut bien permettre qu'on l'ad- 
« mire! » 

GONZALÈS. 

Je ne défends pas qu'on l'admire, je me défends contre ceux 
qui l'admirent insolemment; mais la défense n'est pas difficile. 
Stéphanie n'est point coquette. 

RODRIGUES. 

Tant pisl les coquettes sont de toutes les femmes le moins en 
danger ; la coquetterie est une monnaie, c'est la monnaie de 
l'amour; or quand les femmes n'ont pas de monnaie... 

GONZALÈS 

D'ailleurs, elle m'aimait... elle m'aimel.* 



SCENE XIX. 29 

RODRIGUES. 

Oui ; et franchement, cela m'a toujours étonné. 

GONZALÈS. 

Pourquoi'/ 

RODRIGUES. 

« Précisément par la raison que tu me donnais tout à l'heure.» 
Parce que tu es son mari. 

GOAZALÈS. 

Eh ! je l'aime bien, moi, quoiqu'elle soit ma femme .. 

RODRIGUES. 

Oh! que c'est différent! une femme même mariée est toujourg 
une femme, tandis qu'un homme marié n'est plus un homme, 
c'est un mari, c'est-à-dire un butor. 

GONZALÈS. 

Mais... 

RODRIGUES. 

Tu as beau te récrier, je suis dans le vrai... Autant les femmes 
sont mignonnes, soignées, élégantes, autant les maris sont gros- 
siers et laids. 

GOiNZALÈS. 

Pas tous... parle pour toi. 

RODRIGUES. 

Moi, je suis très-laid, peut-être pas comme cela, mais en négligé 
je suis fort laid... Oh! c'est une justice que je rends à ma femme... 
en bonnet de nuit je suis affreux ! « Et puis nous sommes mal 
a mis, mal peignés, et très-sales, que diable, je le sais bien, nous 
« n'avons aucun des soins recherchés et élégants de nos com- 
« pagnes. Toute la journée nos femmes lavent leurs jolis doigts 
« avec des pâtes qui embaument; nous autres, nous avons beau 

frotter nos grosses mains, elles sont toujours sales. 

« GONZALÈS. 

« Ah! 

a RODRIGUES. 

« Les miennes sont sales, regarde; je les ai pourtant bien 
« brossées ce malin, eh! bien tu le vois elles sont sales... Et tu 
« veux, animal, tu veux qu'on t'adore avec des mains comme 
« celles-là; allons donc! » 



36 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

GONZALÈS. 

Eh bien , tu as raison , un mari est un être repoussant, déseiv 
chantait, ennuyeux, odieux; je t'accorde ça; et toi particulière, 
ment, Cu 6S tout cela plus que tout autre ; es-tu content? 

RODRIGCES, nant. 

Oui. 

GONZALÈS. 

Mais moi, Rodrigues, moi, je ne suis pas un mari pour elle... 
je n'ai jamais été un mari... je suis un amant, un amant pas- 
sionné. — Jamais elle ne m'a vu maussade, ni malade, ni né- 
gligé... ni mari, enfin! et c'est parce que depuis quatre ans, ja- 
mais, jamais un seul jour, je n'ai été pour elle un mari, que je 
me crois le droit de n'être jamais traité par elle en mari... Com- 
prends-tu? 

BODRIGUES , se lerant. 

Oui... et même ce que tu me dis là me fait grand plaisir. 

GONZALÈS. 

Pourquoi?... 

RODRIGUES. 

C'est que j'avais quelquefois des remords d'avoir été sans gêne 
et grossier envers ma femme... mais maintenant que je découvre 
que lorsqu'on est doucereux et troubadour il vous arrive absolu- 
ment la même chose, ça me soulage, cela me console tout à fait, 
et même j'aime mieux ma position que la tienne. . moi, je n'ai 
pas été dupe... 

GONZALÈS, se lerant aas»i. 

Mais je ne suis pas dupe, et tu ne l'es pas non plus , ta femme 
est très-honnète, pourquoi la soupçonner? 

RODRIGUES. 

Allons! bon! le voilà qui fait de l'aveuglement pour mon 
comptpJ .. Je te dirai à mon tour : parle pour toi! que diable 1 

GONZALÈS. 

Si cela te flatte , crois que ta femme te trompe , mais ne me 
force pas d'imiter tes vertus philosophiques. 

RODRIGUES. 

.Ven conviens... Oh ! les premiers moments sont cruels, mais tu 
t'y feras, et tu verras bientôt que cette situation de dupe vénérée 



SCENE XIX. 31 

n'est pas sans douceur et sans avantages. Ces chères petites per- 
fides, comme elles deviennent aimables et prévenantes sitôt 
qu'elles vous ont offensé! avec quels soins toujours nouveaux biles 
cherchent à réparer le tort secret qu'elles vous font. Quel repentir 
transparent, quelle expiation mystérieuse et pleine de charmes!... 
Comme elles étudient vos goûts, vos manies, vos caprices!... 
Comme elles se rappellent bien vite tous les plats que vous pré- 
férez!... As-tu remarqué ça? Tu verras plus tard... Dès qu'elles 
commencent à vous trahir, le dîner se bonifie, le service se per- 
fectionne... car c'est une chose à remarquer. , on ne dîne vrai- 
ment très-bien que chez les maris qu'on... dédommage. 

GONZALÈS, exalté. 

Rodrigues, tu abuses! 

RODRIGUES. 

Depuis un an, chez moi, la cuisine est exquise... Et comme 
tout est en ordre, comme la maison est tenue !... pas une tache, 
pas un grain de poussière, (n regarde une chaise.) Tiens, par exem- 
ple, chez moi, on ne verrait jamais une ganse décousue comme 
celle-ci... Sais-tu, cela me fait supposer que ta femme est encore 
innocente. Si elle était coupable, elle aurait fait bien vite rac- 
commoder cela... Mon ami, tant que tu verras cette machine-là, 
espère... le petit vicomte en sera pour ses œillades. 

GONZALÈS, cxaltd. 

Encore ce fat... je ne le connais pas. 

RODRIGUES. 

Il te connaît bien, lui; car dès que tu revins dans ta loge, hier, 
il disparut de la sienne. 

GONZALÈS, inquiet. 

Quoi! c'était ce petit blond qui était hier aux Variétés en face 
de nous?... 

RODRIGUES.. 

Ah ! tu l'as remarqué!... à la bonne heure... Tu commences à 
savoir ton métier... tu t'éclaires! 

GONZALÈS, à part. 

L'homme q'iej'ai ^u ressemblait... Oh ! si!... 

RODRIGU'.*??. 

Il est gentil, il a une charmante tournure, et puis à la modo... 
c'est ce qui plaît aux femmes... 



32 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

GONZALÈS. 

Rodrigues, tu me fais mourir... 

RODRIGUES. 

Que veux-tu?... je suis un philosophe... 

GONZALÈS, furieux. 

Tu n'es pas un philosophe, lu es un bourreau!.., 

RODRIGUES. 

Eh 1 mais, c'est donc sérieux; moi je plaisantais... S.Js-tu donc 
quelque chose? 

GONZALÈS. 

Rien! mais va-t'en 1... 

RODRIGUES. 

Mon ami... il me fait mal. 

G N Z A L È s , menaçant. 

Oh! je t'en supplie, ne me plains pas! 

RODRIGUES. 

Bien, calme-toi, je m'en vais... (a part.) Tâchons de savoir où 
est ce vicomte... Mon pauvre cousin, c'est singulier, quand je le 
vois heureux, ça me vexe; et puis, quand je le vois malheureux, 
ça me fait encore plus de peine... moralistes, exphquez-moi 
donc cela? 

GONZALÈS, à part. 

Oui, il était en face de nous... 

RODRIGUES. 

Où ai-je donc mis mon chapeau? (n entre dans le saion.) 

GONZALÈS, seul. 

Elle ne rentre pas où est-elle? Ah! C9 vicomte^ je le 

tuerai î... Et ne pas savoir son nom ! 

RODRIGUES, rcTcnant. 

Adieu, cousin, sans rancune... Tiens! qu'est-ce que c'est que 

ce chapeau-là ? (Le chapeau trop petit reste perché sur sa tôle ) 
GONZALÈS , à part. 

Le chapeau que!... H y a quelqu'un de caché dans le salon 1... 
Oh!... " ^ 

RODRIGUES, «ppeUni. 

Amédée ! mon chapeau ! 



SCENE XXI. 33 

SGÈÎSE XX. 

âMÉDÉE, GONZALÈS, RODRIGUES. 

A M £ D É £ , fCZ'<-^ du fond. 
Oh! monsieur?... (U arrête Rodrlgues qui veu» w^trer dar.? V B<ufx 6»- 
lalès les observe.) 

RODRIGUES, au fond , regardant 

Ce chapeau inquiète Gonzalès. 

A M£D££ , revenant, donne à Rodrigue^ son chapeaj. 

Voilà, monsieur. 

RODRIGUES. 

Oh 1 ce vicomte 1 je le trouverai, (u sort.) 

SCÈNE XXI. 

GONZALÈS, AMÉDÉE. 

GONZALÈS, exaspéré, se précipite dans le salon. 

AMÉDÉE, saisissant le chapeau et le jetant dans le dressuU du fju.1, à droite; 
il suit des jeux Gonzalès. 

Maudit chapeau !... 11 regarde de tous côtés dans le salon... Le 
voilà près de la cheminée... Il s'aperçoit que la pendule... 11 la 
cherche. . . je suis perdu ! . . . 

GONZALÈS, revenant. 

Il n'y est pas, lui... Mais elle... où est-elle? 

AMÉDÉE. 

Oh ! je pâlis... il va remarquer que je pâlis. 

GONZALÈS, saisissant Amédée à la gorge et lauici^aa» 
sur la devant de la scène. 

Malheureux ! Tu le sais ; où est-elle? 

AMÉDÉE. 

Oh ! monsieur ! soyez indulgent ! 

GONZALÈS. 

Moi, indulgent, misérable! .. Crois-tu donc que je puisse par- 
donner... Je saurai te punir, va... Mais avant tout je veux savoir 
ou elle e».»- -- 



U LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

AMÉnÉE. 

Si vous ne voulez pas pardonner !.,. Ah ! quel guignon ! avon 
pris tant de précautions et être découvert... 

GONZALÈS, tenant toujours Amédée. 

Ah ! tu avousa donc enfin, malheureux! 

AMÉDÉE. 

Oui, monsieur, il faut bien que j'avoue, puisque vous savez... 

GONZALÈS. 

Eh bien. dis-moi tout... où est-elle? 

AMÉDÉE. 

Monsieur, elle est... mon Dieu, où il l'a.., 

GONZALÈS , fou de rage, le secouant 

Où est-elle ? 

AMÉDÉE , tombant à genoux- 

Elle est... chez lui... 

GONZALÈS. 

Chez lui ! répète encore si tu l'oses l 

AMÉDÉE. 

Je n'ose pas... 

GONZALÈS, tombant assis sur ur<e chaiso. 

Chez lui 1 

AMÉDÉE. 

Oui, monsieur, depuis une heure, depuis que vous êtes re- 
venu ; mais il a dit qu'il ne la garderait que trois jours. 

GONZALÈS, sans entendre 

Chez lui l 

AMÉDÉE. 

Il me l'a bien promis, trois jours au plus. Si monsieur ne veut 
pas qu'il la garde, j'irai vite la chercher avant que... Il n'écoute 
pas... quand il est dans ses fureurs, c'est fini, il n'entend plus rien. 

(u fié relève.) 

GONZALÈS, au désespoir, à lui-même. 

C'est donc vrai, c'est donc vrai... Oh ! je sens bien maintenant 
que je ne le croyais pas... mon honneur perdu, ma vie, mon 
bonheur... Oh ! c'est affreux, je l'aimais tant. 

AMÉDÉE. 
Ah 1 madame ! ( u range le couvert dans le plateau sur la tabU.) 



SCÈNE XXII. 85 

GONZALëS, se levant yiolemment et passant à droito. 

ta voilà ! 



SCENE XXII. 

STÉPHANIE vient du fond, AMÉDÉE, GONZALÈS. 

STÉPHANIE, un papier à la main. 

Henriette n'est pas là? 

GONZALÈS, à part. 

Elle revient, elle espère encore me tromper. Oh ! à sa vue 
j'éprouve... 

AMEDEE, faisant signe à Stéphanie. 

Mademoiselle Henriette est dans sa chambre... oh! madame. 

STÉPHANIE. 

Qu'est-ce qu'il a donc? 

AMÉDÉE, basa Stéphanie. 

Il est furieux; ne l'agacez pas, madame, (u emporte le piatcau par i« 

fend et revient.) 

STÉPHANIE. 

Lui 1 quelle folie ! (a Goniaiè».) Eh bien, ton procès?... 

GONZALES, se contraignant. 

On l'a remis à huitaine... Vous êtes sortie ce matin? Vous m'a- 
TÎez dit que vous ne deviez pas sortir... 

STÉPHANIE, càlinemen*. 

Voîjs? pourquoi ce vous? il n'y a personne. 

GONZALÈS. 

Pour rire... (a part.) Sa voix me calme malgré moi.., cette can- 
deur... ohl c'est impossible... 

STÉPHANIE. 

En effet, je ne devais pas sortir, mais Henriette m'a priée d'al- 
ler choisir des rubans, (mie déploie le papier et montre le» rubans.) 

GONZALÈS, à part. 

Ah! Rcdrigues avait raison, (naut, se calmant.) Ils sont très-jolis... 
lussi vous avez m^ trois heurd& ^ les choiâiTo.. 



Î6 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

STÉPHANIE. 

Oh ! je n'ai pas fait que cela ; je suis a'iée chez ma cousine; 
n'est pour la robe que tu m'as donnée. 

GONZALÈS. 

li faat la mettre tout de suite cette robe. 

STÉPHANIE. 

Oui, c'est ce que je vais faire... (Areo finesse.) Vous m'en voulez 
parce que je suis en retard... 

GONZALÈS. 

Oh! vous n'êtes pas en retard... 

STÉPHANIE. 

Vous ne dites pas vrai, vous êtes fâché contre moi, mais je n'ai 
pas peur, je vais me dépêcher et vous me pardonnerez... (eu« 

l'emljTisse.) 

GONZALÈS , k part. 

Quel aplomb ! 

STÉPHANIE. 

Qu'est-ce qu'il a donc?... je vais savoir par Amédée. (a Amédé^ 
B»i rentrant che» elle.) Améoéo . vcncz ouvpir los feuêtrcs chez moi, 

( Amétlée ra pour la suirre, Gonzalfe «'éfence, saisit Am^d^e au moment où il t* entra 
cbei Sti^phanie, et le fait pirouetter vers la gauche.) 

SCÈNE XXIII. 
AMÉDÉE, GONZALÈS 

GONZALÈS. 

Non, misérable, tu ne la suivras pas!... Restez, je vous l'or- 
donne! (a part.) Elle lui parlait tout bas. — Oh! cela me révolte!... 
avoir mis cet imbécile dans sa confidence... s'entendre pour la 
trahison avec cet idiot... est-ce descendre assez bas ! oh! je ne 
peux plus voir ce confident stnpide. 

AMÉDÉE. 

Monsieur, mais madame me désire. 

GONZALÈS. 

Vous n'êtes plus à mou service; vous allez quitter cette maison 
à l'instant même; je ne veux pas que vous restiez chez moi un 
instant de plus, (u lui jette sa bourse.) Tenez, payez-vous et sortez! 



SCENH XXIII. 37 

A M E D E E , avec hauteur. 

Je ne veux rien, monsieur. Gardez une indemnité pour le dom- 
mage. 

GONZÂLES, prenant une ch&iie. 

Misérable 1 

AMÉDÉE. 

Tuez-moi! vous me ferez plaisir... mais avant..- 

GONZALÈS, marchant sur Kmèièe. 

Tais-toi, ou... 

AMÉDÉE, se sauvant derrière la table . 

Non, je ne me tairai pas, je ne veux pas me taire... vous n'a- 
vez plus le droit de me commander; vous m'avez chassé, vous 
m'avez rendu ma dignité... Fallait pas me chasser... A p'-éscnt, 
je suis mon maître, et je dirai tout... Ma place est perdue, mon 
malheur est complet, qu'est-ce que je risque? Vous ne pouvez pas 
me flanquer à la porte plus que vous ne l'avez fait... Eh bien, je 
vous brave... Des égards? pourquoi faire? j'en ai eu, Dieu sait. 

(il prend le chapeau dans le dressoir.) Co chapcaU, CC maudit chapCaU, je 

VOUS le cachais pour que vous ne puissiez vous douter de rien... 
Eh bien, le voilà, je vous le montre, le voilà, et je vous déclare 
que je vais le reporter chez lui , car c'est le sien ; je l'ai fait éva- 
der en lui prêtant le mien. 

GONZALÈS, le prenrjit an coUal, 

Hnfin!... à qui est-il, ce chapeau? 

AMÉDÉE. 

Je VOUS l'ai dit... à lui !,.. 

GONZALÈS. 

Qui, lui?... le vicomte de... 

AMÉDÉE. 

Quel vicomte? Ta, ta, ta, il ne faut pas m'embrouiller... ii n'y 
a pas du tout de vicomte là dedans... 

GONZALÈS, le lâchant 

Mais alors... 

AMÉDÉE. 

Un vicomte!... Est-ce qu'il en vient ici des vicomtes? est-ce 
que les vicomtes raccommodent les pendules? 

t Gomalhâ, Amédée. 



38 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

^' GONZALÈS. 

Ma pendule est cassée ! 

AMEDEE. 

Tiens! vous D.e le saviez donc pas? 

G N Z A L È s , devinant. 

Si, si, c'est toi qui l'as cassée! 

AMÉDÉE. 

Parbleu! qui voulez-vous donc que ce soit? 

GONZALÈS. 

Et cet homme que tu cachais si adroitement, c'était un horloger? 

AMÉDÉE. 

Monsieur Dollar, qui a emporté la pendule^.. Je vous l'ai dit, 
elle est chez lui. 

GONZALÈS, se frappant la t^te- 

Imbécile ! 

AMÉDÉE, à droite. 

Vous n'avez plus le droit de m'appeler imbécile. 

GONZALÈS, sur le devant, à gauche. 

Qu'il faut peu de chose pour troubler le bonheur le plus pur ! 
Comment ai-je pu croire... Oh! il n'est pas permis d'être bête 
comme ça... Ah ! 

AMÉDÉE. 

Bête ! vous n'avez plus le droit de m'appeler bête. Je ne suis 
plus à vous, je ne suis plus chez vous, nos comptes sont réglés. 
Vous me devez deux cents francs, c'est le prix da raccommodage, 
donc nous sommes quilles... vous ne me devez rien, je ne vous 
dois rien, j'ai bien l'honneur de vous saluer, adieu, (u metie chapeau 

do l'bcrlùgcr sur sa tête ; le chapeau, trop grand, lui tombe sur les yeux.) 
GONZALÈS, le retenant par les mains. 

Reste donc, mon pauvre garçon, je ne veux pas que tu t'en 
ailles pour... 

AMÉDÉE. 

Je vcjix m'en aller... 

GONZALÈS. ' 

Je ne veux pas que tu me quittes comme ça. 



SCÈNE XXIII. 39 

AMÉDÉE. 

Non, non, je veux ma liberté... lâchez-moi donc, vous êtes trop 
orageux ; j'en ai assez de vos fureurs ! 

GONZALÈS. 

Si tu restes, je double tes gages. 

AMÉDÉE , relerant le chapeau et le jetant- sous la table* 

Quelle idée! pour avoir cassé votre pendule? 

GONZALÈS, riant. 

Oh ! quel plaisir tu m'as fait. 

AMÉDÉE. 

Et moi qui vous cachais ce bonheur ! (a part.) C'est égal , je 
n'y comprends rien... C'est des fantaisies de maître... mais ça 
embrouille le service ! 

SCÈNE XXIV. 
AMÉDÉE, GONZALÈS, STÉPHANIE, HENRIETTE, 

ensuite RODRIGUES. 
STÉPHANIE, Tenant de sa chambre. 

Me voilà, je n'ai pas été longtemps. Elle est jolie ma robe? 

GONZALÈS, teniramait '. 

Charmante 1 Ah ! tu ne m'as jamais paru plus belle l 

RODRIGUES, entrant du fond 

Amédée, voyez donc ce que veut le portier; il dit qu'il s'est 
trompé... il vous a donné une lettre qui était pour le locataire 

d en haut. (AmëJée remonte au fond. — Rodrlgues salue Stéphanie.) 
GONZALÈS, à part, lisant l'adresse de la lettre anonyme. 

Monsieur Gorgelet, négociant en vins. — Ce n'était pas pour 
moi! Comme c'est heureux que je l'aie reçue... Là-haut... c'esî 
peut-être vrai, (naut, à Am5dêe qui rerient.) Je l'ai décachetéc... c'éiail 
une lettre insignifiante... une circulaire. 

RODRIGUES, bas 

Le vicomte est parti, tu n'as rien à craindre. 

i. Oonzalès, Stéphanie, Amédé«. 



40 LE CHAPEAU D'UN HORLOGER. 

GONZALÈS , très-gaiement et allant prendre les mains à sa femm« 

Eh! je ne craignais rien! j'étais en colère contre cet imbécik 
qui a cassé la pendule ! 

RODRIGUES. 

La pendule est cassée î c'est ça un malheur! Ahî (use pr-^cipite 

sur Amodie.) 

AMÉDÉE. 

Monsieur, elle n'est pas morte votre pendule, voilà son médecii» 
qui en répond. 

SCÈNE XXV. 

Les Mêmes, L'HORLOGER. 

l'horloger, derrière la table, au fond. 

Pardon, monsieur, j'ai laissé ici un chapeau... 

AMÉDÉE. 
Monsieur, je l'ai mis de côté. (U mi remet le chapeau qu'a Tient 4« 
prendre sous U table.) 

RODRIGUES, à part, regarîan» Gontalèg. 

Je devine!... 

GONZALÈS. 

Ah ! monsieur, vous et vos confrères, vous avez là une fâcheuse 
habitude... croyez-moi, ne laissez jamais votre chapeau dans les 
antichambres. 

l'horloger. 
Pouniuoi? 

GONZALÈS. 

C'est... c'est qu'on pourrait vous le prendre. 

RODRIGCES, à part. 

Il a raison.,, ça fait frémir... ([uand on pense qu'il a failli tuer 

un vicomte parce qu'il a trouvé chez lui le chapeau d'un 

horloger ! 

I. Gonzalez, Stéphanie, Am^di» 

PIR. 



iMiLE COLIN KT C'e — IMIRlMF.niE DE LAG.NV — 13212-il-Oi. 



PQ Girardin, Delphine (Gay) de 
2260 Le chapeau d'un horloger 
G67C5 



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